• 2 mai 2012
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Aperçu de la situation en Irak

CC BY-SA Christiaan

Interview d’Amir Hashom (Propos recueillis par Clément Imbert)

Amir Hashom est repré­sen­tant per­ma­nent de l’ONG « Al Hakim Foundation » qui fut fondée en 2004 pour pro­mou­voir le dia­lo­gue reli­gieux et inter­cultu­rel. Suite à un événement pré­paré avec Points-Cœur aux Nations Unies, nous abor­dons la situa­tion de son pays, l’Irak.

1/ Votre fils, de retour de vacan­ces en Irak vous a dit : « Ce qui me plaît là-bas, c’est que l’on peut faire abso­lu­ment ce que l’on veut ». Est-ce une bonne nou­velle ?

L’Irak est « libre ». Cela peut sem­bler être une bonne nou­velle. Mais les Irakiens n’ayant jamais été éduqués à la démo­cra­tie, ils agis­sent sou­dai­ne­ment comme ils veu­lent, sans se sou­cier des autres, sans pren­dre en compte les consé­quen­ces de leurs actes. Ce qui a plu à mon fils c’est qu’en Irak, tout le monde peut conduire, même un garçon de 10 ans. Face à ce « chaos », la police se sent elle aussi, libre de faire ce qu’elle veut. Il y a un grand désor­dre dans le pays depuis la chute du régime, les lois sont absen­tes, c’est le règne de la cor­rup­tion.

Pourquoi ce com­por­te­ment des Irakiens après la chute du régime ?

Sous l’ancien régime, on ne pou­vait rien faire. Les gens avaient peur de la police. La popu­la­tion ira­kienne a été comme enfer­mée dans une cocotte-minute pen­dant 30 ans. De plus, avant 2003, du fait de la fer­me­ture des fron­tiè­res, le niveau économique du pays était très bas. Après 2003, ces fron­tiè­res se sont ouver­tes : créa­tion de nou­vel­les tech­no­lo­gies, désir de confort… Chacun a pu com­men­cer à impor­ter ce qu’il vou­lait sans normes, sans règle­ments, sans taxes et la situa­tion économique du pays s’est consi­dé­ra­ble­ment amé­lio­rée. Mais à quel prix ! Tout est bon pour satis­faire ses besoins et désirs de confort. Les gens sont prêts à tout pour avoir de l’argent. Aujourd’hui, tous les ira­kiens se plai­gnent du manque de sécu­rité, de la cor­rup­tion, mais tout le monde la pra­ti­que. Y a-t-il des figu­res poli­ti­ques qui essaient d’éveiller les cons­cien­ces ? Il y en a quel­ques-unes mais c’est le tout début.

2/ Dès que nous cher­chons à com­pren­dre la situa­tion au Moyen-Orient, les médias occi­den­taux nous impo­sent une vision tron­quée des faits. Comment expli­quez-vous cela ?

La vision des médias occi­den­taux reflète les inté­rêts des pays dit « occi­den­taux » : Le Moyen-Orient (Afghanistan, Irak, Iran, Syrie, etc) cons­ti­tue pour eux une zone tampon avec les autres gran­des forces actuel­les : la Chine et l’Inde. Tant que l’ins­ta­bi­lité règnera au Moyen-Orient, on esqui­vera les ten­sions entre les gran­des puis­san­ces.

3/ Votre orga­ni­sa­tion atta­che une impor­tance par­ti­cu­lière au dia­lo­gue reli­gieux et cultu­rel. Quelle est selon vous la place des chré­tiens en Irak ?

Les chré­tiens en Irak sont un peuple autoch­tone, aux raci­nes très ancien­nes. Leur richesse réside notam­ment dans la diver­sité et la mul­ti­pli­cité des rites. Beaucoup ont fui et conti­nuent de fuir dans des pays anglo­pho­nes tels que la Grande-Bretagne, la Scandinavie ou le Canada. Ils sont désor­mais moins d’1%. Les mena­ces et atten­tats en Irak visent-il les chré­tiens en par­ti­cu­lier ? Les atten­tats sont orches­trés contre tous les Irakiens. Seulement, un atten­tat contre une mino­rité a beau­coup plus d’impact. De plus, la mino­rité chré­tienne n’a pas les moyens de se défen­dre et de se pro­té­ger. Tandis que les com­mu­nau­tés musul­ma­nes chii­tes et sun­ni­tes sont en force. Le mobile de ces atten­tats est le plus sou­vent de l’ordre de la cor­rup­tion et non pas de l’idéo­lo­gie. Par exem­ple un de mes amis est mort lors d’un atten­tat tuant une cen­taine de per­son­nes. Lorsqu’on a retrouvé le cou­pa­ble, il a dit avoir commis cet atten­tat pour 5000 dol­lars. Les quel­ques atten­tats sui­ci­des de fana­ti­ques reli­gieux sont d’ailleurs d’ori­gine étrangère (Tunisie, Arabie Saoudite etc…)

L’avenir des chré­tiens en Irak ?

Les lea­ders reli­gieux et plu­sieurs ONG encou­ra­gent les chré­tiens à rester en Irak. Nous vou­lons vrai­ment conser­ver cette mosaï­que, cette diver­sité reli­gieuse en Irak. Certains chré­tiens se sont réfu­giés dans des pays voi­sins afin de pou­voir y reve­nir quand l’atmo­sphère sera plus calme. Ils sont atta­chés à leur pays. Et puis nous cher­chons à ins­tau­rer un dia­lo­gue inter­cultu­rel et inter­re­li­gieux. Par exem­ple en mars 2012 à l’ONU, suite à un col­lo­que orga­nisé par Al Hakim Foundation, une décla­ra­tion conjointe des lea­ders reli­gieux chii­tes, sun­ni­tes et chré­tiens a été signée. Parmi les éléments notoi­res figu­rent le désir de réta­blir un véri­ta­ble Etat de droit, de bannir la notion de « mino­rité », d’orga­ni­ser des réu­nions régu­liè­res entre les lea­ders des dif­fé­ren­tes reli­gions en vue de cons­truire ensem­ble la paix, de donner une place plus impor­tante aux femmes. Nous en appe­lons à Dieu pour venir en aide à l’Irak et aux Irakiens.


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