• 18 février 2010
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Charte des Points-Coeur

La Charte des Points-Cœur

Situation

Il est des enfants qui ne savent plus sou­rire. Il est des enfants qui sont seuls au monde.

Il est des enfants qui man­gent de la terre et des ordu­res pour calmer leur faim.

Il est des enfants que l’on vend.

Il est des enfants que des riches uti­li­sent comme bien de jouis­sance.

Il est des enfants de dix ans à qui l’on confie des armes.

Il est des enfants que l’on tor­ture.

Or, chaque fois qu’un enfant est traité de la sorte, chaque fois qu’un enfant connaît de tels drames, voici que se forme sur notre pla­nète un point noir, un point de honte pour l’huma­nité tout entière. Plus même, à chaque fois qu’un enfant est ainsi traité, c’est le Corps du Christ qui est atteint, qui est blessé, qui est défi­guré.

Pour remé­dier à cette situa­tion, les États pren­nent des dis­po­si­tions, l’ONU pro­mul­gue la Convention des Droits de l’enfant. Et puis mille œuvres se sont créées, civi­les ou reli­gieu­ses, qui ont pour mis­sion de venir au secours des enfants du monde entier.

Cependant, les besoins sont encore immen­ses ! C’est pour­quoi, sans doute, nous avons reçu l’intui­tion de créer une petite mille-et-unième œuvre que nous confions à votre prière. Une œuvre dont nous espé­rons le déve­lop­pe­ment parce que nous aimons les enfants infi­ni­ment et nous savons com­bien Dieu habite leur cœur. Une œuvre dont nous espé­rons le déve­lop­pe­ment parce que nous croyons que les enfants sont les maî­tres, inno­cents et vul­né­ra­bles, que Jésus nous dési­gne : « Si vous ne deve­nez pas sem­bla­bles à ces enfants, vous n’entre­rez pas dans le Royaume de Dieu » (Mt 18, 3). Une œuvre dont nous espé­rons le déve­lop­pe­ment parce que nous avons l’immense désir que la dignité des enfants du monde entier soit tota­le­ment reconnue.

Cette œuvre, nous vou­lons lui donner le nom éloquent de « Points-Cœur ».

Que sont les Points-Cœur ?

Les Points-Cœur veu­lent être de petits foyers dis­sé­mi­nés dans le monde entier, de sim­ples refu­ges d’amour et de ten­dresse, où chaque enfant (de la rue) pourra être aimé, accueilli, écouté, res­pecté, bref regardé d’un regard qui com­mu­ni­que l’ardeur de l’amour – « Jésus le regarda et il l’aima » (Mc 10, 21). Où ins­tal­ler les Points-Cœur ?

Les Points-Cœur s’ins­tal­le­ront dans tous les dio­cè­ses où les évêques les sol­li­ci­te­ront ou les accueille­ront. Comme lieu de fon­da­tion, on choi­sira le quar­tier où se trou­vent les enfants les plus mal­heu­reux parmi les plus mal­heu­reux, les plus aban­don­nés parmi les plus aban­don­nés. Le Point-Cœur res­sem­blera le plus pos­si­ble aux loge­ments du quar­tier dans lequel il sera implanté et les Amis des enfants – c’est ainsi qu’on appel­lera ceux qui habi­tent les Points-Cœur – tâche­ront le moins pos­si­ble d’amé­lio­rer ou d’arran­ger le lieu pour éviter qu’après quel­ques années ce foyer devienne un palais.

Dès que les Amis des enfants arri­ve­ront dans la « demeure de roi » que leur accor­dera la Providence, ils y ins­tal­le­ront un petit coin de prière qui les aidera à se tour­ner sans cesse vers Dieu, mais qui, plus encore, aidera les enfants qui vien­dront les visi­ter à décou­vrir la cons­tante pré­sence de Dieu en leur cœur.

Qui habi­tera les Points-Cœur ?

Au point de départ, les Points-Cœur seront fondés par un (ou des) Serviteurs de Jésus et de Marie. Par la suite, ils pour­ront être fondés par quel­ques jeunes ayant déjà vécu cette expé­rience en un autre lieu, par des reli­gieux ou reli­gieu­ses d’autres congré­ga­tions ou par des prê­tres sécu­liers, prêts à res­pec­ter entiè­re­ment l’esprit et la fina­lité de l’Œuvre.

Cependant, la plu­part des Amis des enfants seront des jeunes, venant des quatre coins du monde, qui ont reçu l’appel à donner au moins une année de leur vie au ser­vice des petits. On pourra éveiller leur voca­tion par des confé­ren­ces, des tracts, des arti­cles. Ces jeunes seront d’abord des cher­cheurs de Dieu, doués d’une réelle capa­cité d’adap­ta­tion à une langue, à une culture, à des mœurs dif­fé­ren­tes des leurs. Ils devront jouir d’une bonne santé phy­si­que et sur­tout d’un réel équilibre psy­cho­lo­gi­que et affec­tif. Avant leur départ, les res­pon­sa­bles de l’Œuvre dis­cer­ne­ront leur apti­tude. Cependant, on ne deman­dera pas aux Amis des enfants des com­pé­ten­ces spé­cia­les en matière d’éducation, de for­ma­tion, de psy­cho­lo­gie ; on leur deman­dera plutôt d’oser se donner sans comp­ter et d’essayer d’aimer ces enfants comme Dieu les aime – « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34).

Avant de partir vers le Point-Cœur qui leur sera dési­gné, les Amis des enfants devront suivre une pré­pa­ra­tion spi­ri­tuelle en par­ti­ci­pant à des week-ends qui les aide­ront à bien saisir l’esprit de l’Œuvre. Ils pour­ront aussi, en assis­tant à des confé­ren­ces, en lisant des ouvra­ges qui leur seront conseillés, etc. com­men­cer à com­pren­dre le pays dans lequel ils s’établiront. Enfin, il est néces­saire qu’ils aient une bonne connais­sance de la langue qui leur ser­vira sur place à s’expri­mer. En arri­vant dans le pays où ils s’ins­tal­le­ront, ils seront accueillis et aidés par ceux qui seront déjà établis dans le Point-Cœur. Pendant plu­sieurs semai­nes, les « anciens » les aide­ront à pren­dre le relais, en leur fai­sant décou­vrir le quar­tier, en leur pré­sen­tant les enfants, en leur par­ta­geant leurs expé­rien­ces. Ce tui­lage per­met­tra qu’il y ait une réelle conti­nuité dans la tâche accom­plie par les Points-Cœur et que le départ brus­que des uns ne crée pas une nou­velle bles­sure dans le cœur des enfants. On peut aussi espé­rer que cer­tains jeunes res­te­ront plus que qua­torze mois pour créer une sta­bi­lité dans la maison. On tien­dra enfin dans chaque maison un diaire assez détaillé dont la lec­ture per­met­tra aux nou­veaux arri­vés de décou­vrir l’his­toire de la maison, les expé­rien­ces qui y ont été ten­tées, les per­son­nes qui y ont été accueillies, l’évolution de cer­tains enfants du quar­tier, etc. Quel esprit ani­mera les Amis des enfants ?

Les Amis des enfants seront animés par un réel esprit de dou­ceur et d’humi­lité. Ils ne par­ti­ront pas comme des conqué­rants, mais comme des ser­vi­teurs, voire même des dis­ci­ples. Ils com­men­ce­ront cette aven­ture avec la cer­ti­tude qu’ils rece­vront bien plus qu’ils n’appor­te­ront et déjà ils ren­dront grâce à Dieu de les appe­ler à ce ser­vice.

Voici quel­ques points qui carac­té­ri­se­ront par­ti­cu­liè­re­ment leur pré­sence :

* Les Amis des enfants vivront d’une foi vive, en reconnais­sant en chacun de ceux qu’ils appro­che­ront le Seigneur pré­sent « sous les espè­ces de l’enfant » (père Peyriguère) ; ils le res­pec­te­ront infi­ni­ment, lui mani­fes­tant ainsi sa dignité d’homme et de fils de Dieu. Ce res­pect se mani­fes­tera bien concrè­te­ment dans le voca­bu­laire et le ton de voix qu’on uti­li­sera pour parler aux enfants ou des enfants – on évitera ainsi, par exem­ple, tout terme un peu péjo­ra­tif ou un tant soit peu vul­gaire –, dans l’écoute de ce qu’ils diront, dans les gestes par les­quels on leur expri­mera son affec­tion. Bien évidemment, ceci néces­si­tera d’abord que les Amis des enfants se témoi­gnent entre eux un grand res­pect, qu’ils sachent s’écouter jusqu’au bout et qu’ils se mani­fes­tent les uns à l’égard des autres déli­ca­tesse et atten­tion mutuelle, dans un esprit de réelle chas­teté.

* Ils essaie­ront de vivre dans la plus par­faite com­mu­nion, ne for­mant qu’un seul cœur, s’accor­dant le pardon aussi vite que pos­si­ble après s’être offen­sés et aussi sou­vent que néces­saire ; ils ne se cri­ti­que­ront jamais mutuel­le­ment, mais s’esti­me­ront et s’encou­ra­ge­ront dans le Seigneur.

* Ils s’atta­che­ront à ce que leur genre de vie n’engen­dre aucun scan­dale dans le cœur des petits qu’ils ser­vi­ront.

* Ils éviteront toute plainte, tout esprit de com­pa­rai­son avec ce qu’ils ont quitté, toute prise de posi­tion poli­ti­que, toute cri­ti­que ou tout juge­ment sur les per­son­nes avec qui ils seront appe­lés à passer l’année.

* Ils iront vers les enfants avec le cœur de Jésus qui l’a conduit à se mettre à genoux devant ses dis­ci­ples et à leur laver les pieds.

* Ils n’hési­te­ront pas à trans­met­tre l’Évangile de façon expli­cite aux enfants qu’ils ren­contre­ront, en res­pec­tant cepen­dant leurs cou­tu­mes, leur éducation, etc.

* Ils choi­si­ront la Vierge Marie comme celle qui leur appren­dra jour après jour à vivre les Béatitudes et à avoir des atti­tu­des, des réflexes, des paro­les et des gestes vrai­ment évangéliques, c’est-à-dire por­teurs de la Bonne Nouvelle.

* Malgré les souf­fran­ces qu’ils ren­contre­ront et qui pour­ront les sub­mer­ger, ils tâche­ront d’accueillir pour eux et d’appor­ter aux enfants, en toutes cir­cons­tan­ces, la joie de l’espé­rance.

* Ils sau­ront célé­brer les fêtes litur­gi­ques avec dignité et com­mu­ni­quer aux enfants les rai­sons pro­fon­des de ces célé­bra­tions ; ils essaie­ront aussi de mar­quer, par un signe ou un autre, les événements de la vie fami­liale de la maison : fêtes, anni­ver­sai­res, accueil d’un hôte, etc.

* De temps à autre, les Amis des enfants n’hési­te­ront pas à pren­dre une jour­née ou plus de détente com­mu­nau­taire ; ils pour­ront aussi, quand ils en res­sen­ti­ront le besoin, partir en soli­tude pour se repo­ser ou prier plus inten­sé­ment.

* Et sur­tout, sou­vent, les Amis des enfants se ras­sem­ble­ront dans leur « coin-prière » ou dans l’église la plus proche pour se tour­ner vers Dieu, lui ren­dant grâce pour sa bonté et sa misé­ri­corde, lui deman­dant de leur accor­der une pro­fonde com­mu­nion – « C’est à ce signe… » –, lui confiant tous les enfants et les détres­ses qu’ils pour­ront ren­contrer, mais aussi les enfants et les détres­ses du monde entier – sur­tout ceux décou­verts dans tous les Points-Cœur. Les Amis des enfants aime­ront dire chaque jour ensem­ble le cha­pe­let : c’est la prière des pau­vres et des petits, et cette prière appel­lera une pré­sence par­ti­cu­lière de la Vierge Marie, réelle fon­da­trice de l’Œuvre, en chacun de ces petits refu­ges d’amour. Dans leur orai­son quo­ti­dienne, les Amis des enfants contem­ple­ront par­ti­cu­liè­re­ment le Seigneur Jésus à la crèche et à la croix où, plus qu’à aucun autre moment de son exis­tence ter­res­tre, Il se montre désarmé, petit et vul­né­ra­ble. Le matin et le soir, ils célé­bre­ront la Liturgie des Heures et feront tout leur pos­si­ble pour par­ti­ci­per chaque jour à la messe : c’est là qu’ils rece­vront la grâce de se livrer sans comp­ter au Père pré­sent en chacun de ceux à qui ils sont envoyés. Enfin, ils recour­ront à la prière des Saints Innocents, de saint Vincent de Paul, de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, de saint Jean Bosco, du père Jean-Édouard Lamy et invo­que­ront leurs anges gar­diens pour qu’ils les gui­dent et les sou­tien­nent, notam­ment dans les cir­cons­tan­ces les plus déli­ca­tes.

C’est dire assez que chaque Point-Cœur est d’abord une com­mu­nauté contem­pla­tive. Mais le mot ne doit pas faire peur ! La prière ne rendra chacun que plus géné­reux et « effi­cace », et l’Esprit Saint qui accor­dera ses lumiè­res dans la prière per­met­tra de décou­vrir sans tâton­ne­ment les vrais besoins de ceux qui entou­rent les Amis des enfants.

Il est sûr que cette expé­rience appor­tera énormément aux jeunes qui y consa­cre­ront un moment de leur vie. Elle risque de les bou­le­ver­ser et leur per­met­tra, sans doute, de décou­vrir l’essen­tiel et d’envi­sa­ger la suite de leur exis­tence d’une façon radi­ca­le­ment nou­velle, avec des objec­tifs dif­fé­rents de ceux qu’ils avaient aupa­ra­vant. J’en veux pour témoin cette phrase reçue récem­ment d’une volon­taire de mère Teresa, en séjour à Calcutta : « J’ai l’impres­sion de faire ici une grande retraite car, au contact de la pau­vreté la plus radi­cale, on est néces­sai­re­ment amené à se remet­tre en ques­tion et à s’inter­ro­ger sur le sens que l’on veut donner à sa vie. »

Et puis, il y a cette parole de Jésus que chacun ne pourra faire autre­ment que d’expé­ri­men­ter : « Quiconque accueille un de ces petits enfants à cause de mon Nom, c’est moi qu’il accueille ; et qui­conque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé » (Mc 9, 37).

Que feront les Amis des enfants ?

Pour les Amis des enfants, l’essen­tiel ne sera pas de faire. Il y a des écoles, des hôpi­taux, des orphe­li­nats… Les Points-Cœur ne seront rien de cela. Ils seront plus sim­ple­ment des foyers, en rien spé­cia­li­sés, où les enfants sau­ront qu’ils pour­ront tou­jours venir pour être écoutés, aimés, com­pris. Cela n’empê­chera pas, bien sûr, que si l’amour les appelle à cela, les Amis pour­ront à l’occa­sion donner à manger aux enfants, les soi­gner, les éveiller à la lec­ture et à l’écriture, les aider dans telle ou telle démar­che, les accueillir pour une nuit, leur ensei­gner le caté­chisme et la prière. En cela, les Points-Cœur seront donc un peu comme d’hum­bles com­plé­ments des famil­les. Les Amis des enfants pour­ront aussi orga­ni­ser pour les petits des pro­me­na­des, des jeux, des ren­contres, bref toute acti­vité ponc­tuelle qui les ouvrira à d’autres pay­sa­ges que le leur. Ceci deman­dera évidemment aux Amis des enfants une grande sou­plesse, une cons­tante dis­po­ni­bi­lité et un réel esprit de créa­ti­vité.

Les Amis des enfants agi­ront en pro­fonde com­mu­nion avec l’évêque de leur dio­cèse et avec le curé de la paroisse sur laquelle ils seront établis. Ils tâche­ront aussi d’avoir des liens étroits avec les dif­fé­ren­tes œuvres d’éducation et les hôpi­taux créés dans les envi­rons, à qui ils pour­ront rendre quel­ques ser­vi­ces ponc­tuels et y envoyer, à l’occa­sion, les enfants sus­cep­ti­bles d’y rece­voir la for­ma­tion et les soins dont ils pour­raient avoir besoin. En ce sens, chaque Point-Cœur se défi­nira encore comme un « pont » entre la rue et la paroisse, entre la rue et les ins­ti­tuts cari­ta­tifs.

Autrement dit, il s’agira pour les Amis des enfants d’être un cœur pater­nel, mater­nel et fra­ter­nel à la fois, un cœur atten­tif, com­pa­tis­sant et accueillant. L’essen­tiel pour eux consis­tera en la qua­lité de leur pré­sence et celle-ci sera d’autant plus grande que sera grande la qua­lité de leur pré­sence à Dieu. En ce sens, les Amis des enfants seront d’abord des « ado­ra­teurs en esprit et en vérité » (Jn 4, 23).

On sup­pliera donc les pas­teurs qui accueille­ront les Points-Cœur de res­pec­ter leur voca­tion et de ne pas embau­cher inces­sam­ment les Amis des enfants pour tra­vailler dans les parois­ses – même si elles ont des besoins immen­ses que, par ailleurs, l’on com­prend bien –, pour appor­ter leur concours à telle ou telle école, œuvre, hôpi­tal… Ceci détour­ne­rait les Points-Cœur de leur voca­tion réelle et ne res­pec­te­rait pas l’intui­tion qui nous a été donnée. Il s’agit que les Amis des enfants soient le plus pos­si­ble dans les rues de leur quar­tier ou dans leur maison, prêts à accueillir qui frap­pera…

On devra reconnaî­tre un esprit commun dans tous les Points-Cœur. Cependant, chacun d’eux pourra avoir des acti­vi­tés un tant soit peu diver­ses, selon le lieu où ils seront établis et la façon dont l’Esprit Saint les conduira. Les dif­fé­rents Points-Cœur auront entre eux des rela­tions épistolaires fré­quen­tes, aussi pro­fon­des que pos­si­ble, qui contri­bue­ront à former cet esprit cons­ti­tu­tif de la famille Points-Cœur.

Une Œuvre de com­mu­nion ecclé­siale

Notre grand désir est que l’Œuvre Points-Cœur soit fac­teur d’unité dans l’Église et que cette unité se cons­truise autour de l’enfant pauvre, comme ailleurs elle se cons­truit autour du han­di­capé, du malade ou du vieillard. À cette fin, nous sou­hai­tons vive­ment que vivent dans les Points-Cœur des jeunes issus de divers mou­ve­ments – fran­çais ou étrangers – ou des mem­bres de com­mu­nau­tés reli­gieu­ses ou ins­ti­tuts sécu­liers dif­fé­rents. En ces temps, il nous semble en effet néces­saire que l’Église catho­li­que témoi­gne par tous les moyens de son désir de com­mu­nion et que ce désir s’incarne dans des temps de vie com­mune où l’on apprend à se libé­rer de ses pré­ju­gés, à se connaî­tre, à s’aimer, à prier et à tra­vailler ensem­ble. Les besoins sont tels qu’il est oppor­tun de regrou­per les forces et non de mul­ti­plier les ini­tia­ti­ves.

Nous avons donc confiance que les supé­rieurs reli­gieux comme les évêques per­met­tront aux mem­bres de leur com­mu­nauté ou de leur clergé de connaî­tre, s’ils le dési­rent, l’expé­rience de passer un cer­tain temps au ser­vice des enfants pau­vres dans un Point-Cœur. Et sûre­ment, ce qui pourra sem­bler au point de départ comme un sacri­fice pour une congré­ga­tion ou pour un dio­cèse s’avé­rera vite comme une immense source de grâces pour ces mêmes congré­ga­tions et dio­cè­ses et pour l’Église tout entière. Le fonc­tion­ne­ment maté­riel de l’Œuvre

Il sera demandé, si pos­si­ble, aux jeunes qui séjour­ne­ront dans les Points-Cœur de pren­dre à leur charge les frais de leur voyage. S’ils ont quel­que revenu, ils pour­ront aussi se char­ger des frais de leur séjour ; sinon, ils cher­che­ront des « par­rains » qui, chaque mois, leur feront par­ve­nir une somme qui les aidera à vivre. On peut ima­gi­ner aussi que des étudiants, des scouts, des artis­tes orga­ni­sent des acti­vi­tés dont le béné­fice sera versé au profit de l’Œuvre. Quoi qu’il en soit, jamais les ques­tions finan­ciè­res ne doi­vent empê­cher un jeune de connaî­tre cette aven­ture des Points-Cœur et l’Association appor­tera tou­jours une aide aux mai­sons qui vien­draient à man­quer ou à un Ami des enfants qui serait en dif­fi­culté.

Par ailleurs, on essaiera de réduire au mini­mum les frais de ges­tion de l’Œuvre, en recou­rant le plus pos­si­ble à des béné­vo­les pour les tâches admi­nis­tra­ti­ves et « publi­ci­tai­res », et en sim­pli­fiant à l’extrême les struc­tu­res. Liturgie d’envoi

Juste avant de rejoin­dre le lieu où ils seront affec­tés, les Amis des enfants par­ti­ci­pe­ront dans leur pays d’ori­gine à une messe d’envoi, au cours de laquelle :

* L’assis­tance implo­rera tout par­ti­cu­liè­re­ment le Saint-Esprit sur chacun de ceux qui seront envoyés.

* Les Amis des enfants pro­cla­me­ront : o leur volonté d’être vrai­ment ser­vi­teurs de Dieu auprès des petits enfants qu’ils ser­vi­ront, et vrais témoins de l’Église catho­li­que, leur mère ;

o leur volonté de demeu­rer dans une pro­fonde unité ;

o leur volonté de s’enga­ger à vivre pen­dant tout leur séjour dans le Point-Cœur dans un esprit de prière, de chas­teté, de pau­vreté et d’humi­lité ;

o leur adhé­sion pleine et entière aux pers­pec­ti­ves de l’Œuvre.

* Le célé­brant leur don­nera un cha­pe­let qui sera signe de l’impor­tance de la prière mariale et de l’aide que la Vierge Marie accor­dera à chacun de ceux qui par­ti­ront. Sur la croix du cha­pe­let sera gravé un cœur pour rap­pe­ler l’essen­tiel du mes­sage évangélique et la mis­sion de chacun des Amis des enfants : « Être un cœur, tout cœur, rien qu’un cœur » (Maurice Zundel).

La res­pon­sa­bi­lité dans les Points-Cœur

À la tête de chaque maison, le fon­da­teur de l’Œuvre ou le pré­si­dent de l’Association nom­mera un res­pon­sa­ble, mais celui-ci cher­chera à ne pren­dre les déci­sions qu’en una­ni­mité par­faite avec ses com­pa­gnons. Il serait aussi envi­sa­gea­ble que chaque Ami des enfants fasse tour à tour, au cours de l’année, l’expé­rience de la res­pon­sa­bi­lité de la maison.

L’Association Points-Cœur

Il s’agit d’une asso­cia­tion loi 1901 créée pour diri­ger, venir en aide et faire connaî­tre l’Œuvre Points-Cœur, celle-ci, en effet, n’étant pas diri­gée par la congré­ga­tion des Serviteurs de Jésus et de Marie. Elle com­porte des mem­bres fon­da­teurs, des mem­bres d’hon­neur, des mem­bres actifs et des mem­bres adhé­rents. Le lieu d’infor­ma­tion et de direc­tion de l’Œuvre se trouve à Vieux-Moulin (Oise).

Une œuvre fra­gile comme l’enfance

J’ai infi­ni­ment cons­cience de l’audace que repré­sente la fon­da­tion de ces petits refu­ges d’amour, de la fra­gi­lité qui sera tou­jours celle de l’Œuvre, en tant qu’elle est fondée sur des béné­vo­les et aura une mis­sion déli­cate à rem­plir dans des situa­tions par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­ci­les de détresse et de souf­fran­ces. J’ai enfin cons­cience de son appa­rente inef­fi­ca­cité aux yeux du monde et de la ten­ta­tion cons­tante que les Amis des enfants auront de vou­loir « faire quel­que chose », de créer des struc­tu­res, d’orga­ni­ser des acti­vi­tés qui durent.

Tant que l’Œuvre vivra dans la fidé­lité à l’intui­tion qui nous a été donnée, elle mar­chera sur l’eau et deman­dera à ceux qui en seront les res­pon­sa­bles une confiance de tout ins­tant. Mais n’est-ce pas l’appel que Jésus adresse aux hommes tout au long de l’Évangile : « N’ayez pas peur ! […] Votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d’abord le Royaume et sa jus­tice, et tout vous sera donné par sur­croît ! Ne vous inquié­tez donc pas du len­de­main : demain s’inquié­tera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine ! » (Mt 6, 32-34) ?

N’est-ce pas là la condi­tion – un aban­don total – pour qu’une œuvre comme celle-ci soit réel­le­ment pro­phé­ti­que ?


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