• 20 juillet 2012
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Dialogue des cultures et des religions sur la dignité humaine

Jérusalem

Le 3 juillet der­nier, Points-Cœur a suivi avec beau­coup d’inté­rêt un évènement inti­tulé : « Dialogue des cultu­res et des reli­gions sur la dignité de chaque per­sonne ». Voici un résumé de l’inter­ven­tion de Monseigneur Morerod, évêque du dio­cèse de Genève, Lausanne et Fribourg.

Comment peut-on, dans une société contem­po­raine reli­gieu­se­ment plu­rielle, main­te­nir une iden­tité reli­gieuse qui coexiste avec d’autres ?

1/ D’un idéal d’unité reli­gieuse de la société à un idéal d’unité ration­nelle :
"La reli­gion a cons­ti­tué l’unité de la société pen­dant une grande partie de l’his­toire de l’Europe. En effet, le prin­cipe « Cujus regio, ejus reli­gio » "tel prince, telle reli­gion", a pré­va­lut jusqu’au 18ème siècle. Si l’on vivait en Suède, on était luthé­rien, en Espagne on était catho­li­que. Avec l’arri­vée du siècle des Lumières, cet idéal d’unité reli­gieuse fut for­te­ment cri­ti­qué comme source de vio­lence et on a fait le choix d’une unité fondée sur la raison, y com­pris sur le plan reli­gieux. Dans la culture actuelle domi­nante, la reli­gion est consi­dé­rée comme plus ou moins inof­fen­sive, tant qu’elle est limi­tée à la sphère privée. Certains vont tou­te­fois plus loin et tirent de la vio­lence reli­gieuse, un argu­ment en faveur de l’athéisme. L’exem­ple le plus connu aujourd’hui est cer­tai­ne­ment celui de Richard Dawkins :
«  Imaginez, avec John Lennon, un monde sans reli­gion. Imaginez : pas de por­teurs de bombes sui­ci­dai­res, pas de 11 sep­tem­bre, pas de 7 juillet, pas de croi­sa­des, pas de chasse aux sor­ciè­res, par de cons­pi­ra­tion des pou­dres, pas de par­ti­tion de l’Inde, pas de guer­res israélo-pales­ti­nien­nes, pas de mas­sa­cres serbes/croa­tes/musul­mans, pas de per­sé­cu­tion des juifs comme déi­ci­des, pas de ‘trou­bles’ de l’Irlande du Nord, pas de ‘crimes d’hon­neur’, (...)Imaginez : pas de tali­bans fai­sant explo­ser des sta­tues ancien­nes, pas de déca­pi­ta­tion publi­que des blas­phé­ma­teurs... »
Toutefois, ces cri­ti­ques sont par­tia­les, puisqu’elles lais­sent de côté les apports posi­tifs de la reli­gion comme l’appel à accueillir l’autre, les inter­dits com­muns de vol, de meur­tre et d’adul­tère etc… L’idéal d’unité des socié­tés sur une base reli­gieuse est ainsi mise à mal et de toute manière dif­fi­ci­le­ment réa­li­sa­ble en raison des flux migra­toi­res."

2/ Vérité et liberté reli­gieuse :
Monseigneur Morerod a rap­pelé que "vérité et liberté reli­gieuse sont deux valeurs essen­tiel­les qui ne sont pas anta­go­ni­ques. En effet, une reli­gion impli­que par nature la réfé­rence à une vérité et de quel­que manière, cette vérité doit être abso­lue pour être reli­gieu­se­ment « utile ».Toutefois, si les hommes sont par leur nature même « pres­sés » à recher­cher la vérité, ils sont aussi tenus d’y adhé­rer et de régler toute leur vie selon les exi­gen­ces de cette vérité . Pour cela, ils doi­vent jouir d’une totale liberté psy­cho­lo­gi­que et de l’exemp­tion de toute contrainte exté­rieure. Jésus Christ en est l’exem­ple par­fait :
Le Christ (…) notre Maître et Seigneur doux et humble de cœur a invité et attiré les dis­ci­ples avec patience. (…) Il a rendu témoi­gnage à la vérité, mais il n’a pas voulu l’impo­ser par la force à ses contra­dic­teurs. Son royaume, en effet, ne se défend pas par l’épée, mais il s’établit en écoutant la vérité et en lui ren­dant témoi­gnage, il s’étend grâce à l’amour par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les hommes. Au nom de la dignité humain, la liberté de l’homme doit être reconnue jusqu’au niveau le plus pro­fond : la liberté reli­gieuse."

Mgr Morerod a achevé son dis­cours en sou­li­gnant "l’impor­tance du pardon entre les dif­fé­ren­tes ins­ti­tu­tions reli­gieu­ses et au sein d’une même com­mu­nauté. Pardon qui doit être donné et demandé pour les faits passés et ceux d’aujourd’hui. Le pardon est une étape essen­tielle pour pou­voir cher­cher dans toute la mesure du pos­si­ble une col­la­bo­ra­tion pai­si­ble entre des croyants convain­cus de la vérité de leur reli­gion et être d’autant plus prêt à accueillir l’autre."

les intervenants de la table ronde


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