• 18 février 2010
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Journal de nos premiers pas à l’ONU

Chers tous qui prenez part, de près ou de loin, aux aven­tu­res inat­ten­dues de Points-Coeur !

En voilà une nou­velle qui com­mence, elle est née comme les autres, de façon bien impré­vue, et se déroule (là aussi la recette est la même que par le passé) sous l’influence très claire de la Providence !

Pour l’his­to­ri­que, je remonte au mois de février 2002, où le bureau de PC-Genève venait d’ouvrir. Un peu déso­rien­tée et à la recher­che de locaux, je m’étais rendue à un pavillon appe­lée « Geneva-Welcome, Centre d’accueil Genève-International » (CAGI). J’avais lu ce nom sur le plan des tra­jets de bus de la ville, et ai pensé qu’il serait bien agréa­ble de se faire accueillir par quelqu’un. Cela m’a valu un entre­tien immé­diat avec le coor­di­na­teur des ONG, un homme haut en cou­leurs, enthou­siasmé par l’œuvre que je lui pré­sen­tai. Il a effec­tué toutes les démar­ches pour que Points-Coeur soit reconnue comme ONG par l’Etat de Genève (dif­fé­rente de la reconnais­sance par l’ONU), démar­ches qui ont abouti. Il m’avait alors demandé : « est-ce que Points-Coeur sou­haite avoir un siège consul­ta­tif auprès de l’ONU ? ». Inutile de vous dire que:a) je ne savais même pas en quoi consis­tait un siège consul­ta­tif, je com­pre­nais vague­ment que c’était être pré­sent sans pou­voir déci­der grand chose ; b) « ONU », cela a tout de suite sonné tota­le­ment étranger à ce que je croyais alors connaî­tre de la mis­sion de Points-Coeur. J’ai donc répondu non, et l’ai com­mu­ni­qué au Père Thierry*, entre deux autres nou­vel­les.

. Février 2003 : Forum Amour et Vie des frères de Saint-Jean. Nous avons un stand comme d’habi­tude. En fin de jour­née, une dame assez âgée aux yeux très clairs, et à l’accent bri­tish (ou amé­ri­cain ?) se met à me parler, et ça dure, ça dure. Elle me raconte qu’elle a tra­vaillé pen­dant plus de trente ans auprès de l’ONU, pour l’OMS je crois. Elles est catho­li­que, et me parle très long­temps des orga­ni­sa­tions inter­na­tio­na­les, des enjeux poli­ti­ques et humains, etc., etc. Je fati­gue un peu, elle le sent tout de suite et me quitte en me disant : « Merci de m’avoir écoutée ».

. Février 2004 (le bon Dieu est très précis !) : ren­contre inter-parois­siale avec le Département du Réseau Ouverture au Monde (Eglise Catholique de Genève), dont Points-Cœur fait partie. Mary (j’apprends son prénom ce soir-là, et aussi son âge approxi­ma­tif : 85ans) est pré­sente. Elle nous fait un dis­cours bou­le­ver­sant sur son enga­ge­ment, sa pas­sion pour l’action inter­na­tio­nale (droits de l’Homme...) et sur­tout, son appel vibrant aux orga­ni­sa­tions catho­li­ques. « Les ONG ont réel­le­ment une influence sur ce qui se décide à l’ONU, et j’ai dou­lou­reu­se­ment cons­taté pen­dant toutes ces années que les catho­li­ques étaient pres­que absents. S’il y a des orga­nis­mes catho­li­ques actifs auprès des pau­vres, il faut abso­lu­ment qu’ils fas­sent enten­dre leurs voix dans des ins­tan­ces telles que l’ONU ! Pourquoi ces orga­ni­sa­tions ne s’enga­gent t-elles pas davan­tage ? Il n’y a pra­ti­que­ment aucune pré­sence réel­le­ment chré­tienne ! ». Ces propos m’ont trou­blée, j’ai repensé à l’épisode du CAGI, et en ai reparlé au Père Thierry. Nous avons décidé de nous ren­sei­gner ; une amie de « Communion et Libération » (CL), col­la­bo­ra­trice pour le Saint-Siège auprès des Nations Unies nous a tout de suite encou­ra­gés. L’idée parais­sant tout de même assez folle, nous l’expo­sons aux mem­bres de l’Association Points-Cœur Suisse lors de l’Assemblée géné­rale (27 mars 2004). Je peux vous dire que j’atten­dais vrai­ment avec curio­sité la réac­tion des Valaisans, et là, stu­peur, ils sont embal­lés et disent : « Il faut foncer ! ».

. Lundi 29 mars : Père Thierry et moi ren­controns le Nonce à Genève et lui expo­sons la situa­tion. Il approuve Points-Cœur, le cha­risme, et la démar­che onu­sienne. Le len­de­main, son bras droit, notre amie de Communion et Libération, me donne le nom de la per­sonne à contac­ter pour les rela­tions ONU/ONG (ça va vous suivez ?). Après un coup de télé­phone, j’obtiens un rendez-vous le lundi 5 avril, in extre­mis, puis­que cette per­sonne est jus­te­ment à Genève pour la Commission des droits de l’Homme. Je demande à une ancienne volon­taire de Points-Cœur, de me donner quel­ques conseils et expli­ca­tions pour me pré­pa­rer, et pour com­plé­ter tout ce que j’ai déjà pu lire sur le net.

. Lundi 5 avril : Je ren­contre Mme M. qui le garde plus d’une heure dans son bureau. Au fil des ques­tions et des répon­ses, elle se montre de plus en plus convain­cue par Points-Cœur et par la per­ti­nence de notre pré­sence au milieu des autres ONG. Elle ne me cache pas le risque encouru, mais me fait com­pren­dre qu’il s’agit main­te­nant d’un choix que nous devons faire : conti­nuer « comme avant », pour pri­vi­lé­gier l’assis­tance sur le ter­rain, ou faire le pas et courir le risque de pren­dre posi­tion pour un autre bien. Elle sou­haite que je par­ti­cipe aux ses­sions sur les droits de l’Homme en cours jusqu’au 23 avril, pour m’y accom­pa­gner et me pré­sen­ter des per­son­nes, et pour que je me fasse une idée du tra­vail effec­tué entre ONG. Pour obte­nir le pass (badge) , une autre ONG doit nous accré­di­ter.

La demande de siège se fait au moyen d’un for­mu­laire et est exa­mi­née soi­gneu­se­ment par tous les Etats man­da­tés (et pas seu­le­ment New York !). La déci­sion par consen­sus signi­fie que le siège est accordé, à moins qu’un Etat ne s’y oppose. Le dos­sier doit être déposé au 1er juin, et le pro­ces­sus abou­tit en mai de l’année sui­vante. Si nous le fai­sons tout de suite, cela se concré­ti­se­rait donc pour mai 2005. Mme M. nous conseille (nous demande même !) vive­ment d’obte­nir ce siège, et de voir par la suite com­ment en user.

L’enjeu pour Points-Coeur, est de savoir com­ment accueillir cette oppor­tu­nité, que nous n’avons pas du tout recher­chée, qui nous mène sur un ter­rain inat­tendu et inconnu, mais qui peut s’avérer déci­sive.

. Mardi 13 avril : J’ai rendez-vous avec le direc­teur géné­ral de l’OIDEL (Organisation inter­na­tio­nale pour le droit à l’éducation et la liberté d’ensei­gne­ment), contact conseillé et pré­paré par notre amie de CL. Le but est d’obte­nir de cette ONG une accré­di­ta­tion tem­po­raire, pour pou­voir assis­ter aux séan­ces en cours au Palais des Nations. C’est une pre­mière appro­che per­met­tant de com­pren­dre le fonc­tion­ne­ment du Palais (et s’orien­ter dans les cou­loirs !), établir quel­ques contacts, etc... M. F. insiste beau­coup sur la néces­sité pour l’ONG de s’enga­ger réel­le­ment, déplo­rant que de nom­breu­ses orga­ni­sa­tions n’uti­li­sent pas leur siège consul­ta­tif. Ses prin­ci­paux conseils sont : être pré­sent au Palais avant même d’avoir obtenu ledit siège pour se faire connaî­tre ; se former pour être com­pé­tents et tenir des propos per­ti­nents, réa­lis­tes (ne pas se conten­ter d’accu­ser les gou­ver­ne­ments sans pro­po­ser de pro­jets vala­bles), faire des publi­ca­tions régu­lière dans la presse inter­na­tio­nale...

Il s’est montré très convaincu par l’effi­ca­cité de Points-Coeur, tant auprès des pau­vres (ce qui lui confère une cré­di­bi­lité indis­cu­ta­ble), que pour les béné­vo­les : "les per­son­nes qui auront fait une telle expé­rience, n’auront plus jamais le même regard . Où qu’ils soient, ils appor­te­ront une culture de pensée dif­fé­rente".

. Mercredi 14 avril : Voilà un jour et demi que je suis plon­gée dans la four­mi­lière onu­sienne, les pre­mière heures sont très dérou­tan­tes et fati­gan­tes, je rentre un peu décou­ra­gée par l’exi­gence de la tâche. V. m’a géné­reu­se­ment prise sous son aile la pre­mière heure pour m’orien­ter et connaî­tre les bases du Palais. En gros, il y a deux lieux stra­té­gi­ques : la salle plé­nière (décla­ra­tions des Etats et quel­ques ONG au Secrétariat Général), et les salles de négo­cia­tions alen­tour. Les séan­ces de ces der­niè­res ne sont mal­heu­reu­se­ment pas tou­jours publi­ques, or c’est bien là que tout se joue. Les inter­ven­tions et stra­té­gies sont pas­sion­nan­tes.

J’ai marché faci­le­ment 10 km dans tous ces cou­loirs ! et ai entrevu au sous-sol les pièces de photo-copiage où chauf­fent pres­que 24h sur 24 des mons­tres à rou­leaux géants, rece­vant des ordres de cen­tai­nes de PC dans toutes les lan­gues. J’ai assisté à plu­sieurs heures de décla­ra­tions en salle plé­nière. Après-demain, j’ajou­te­rai au pro­gramme, la visite d’un "side event", orga­nisé par les ONG pen­dant les pauses déjeu­ner pour sen­si­bi­li­ser les par­ti­ci­pants aux ses­sions du Palais.

Mon bilan pour l’ins­tant : les ONG sont peut-être les seules assez libres d’agir sans conces­sions..., mais je n’ai pas encore vu la place que tien­drait une petite ONG telle que la nôtre. En atten­dant la réponse de l’ONU, nous conti­nue­rons notre immer­sion pro­gres­sive dans ce nou­veau monde.

EPILOGUE

.Juillet 2005 : après une enquête détaillée sur l’action de Points-Cœur dans le monde, l’orga­ni­sa­tion a été admise à péné­trer dans l’enceinte des nations Unies en tant qu’ONG consul­ta­tive spé­ciale.

*fondateur de Points-Coeur

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