• 17 février 2010
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Examen de l’Argentine par le CERD

Le mer­credi 17 février,c’était au tour de l’Argentine de passer devant le Comité contre la dis­cri­mi­na­tion raciale. Points-Cœur a tenu à assis­ter à l’examen de ce pays qui abrite notre maison « Charles de Foucauld » (Buenos Aires), notre maison de for­ma­tion "Nuestra Senora del Rosario" à Parana, et où se trou­vait encore récem­ment notre Point-cœur « Bienheureuse Laura Vicuna » (Santa Fe). L’Argentine fut par ailleurs le tout pre­mier pays à accueillir un de nos Points-Coeur.

La dis­cri­mi­na­tion raciale reste un sujet sen­si­ble sur la scène inter­na­tio­nale. Les pays ont du mal à admet­tre son exis­tence, et les ins­tan­ces inter­na­tio­na­les ne dis­po­sent sou­vent pas de tous les para­mè­tres inter­nes pour pou­voir l’évaluer. Cependant, un tel examen reste néces­saire car il s’agit d’un des domai­nes des droits de l’Homme qui connaît les vio­la­tions les plus mas­si­ves, et les plus répan­dues. Trois fois par an, une dizaine de pays mem­bres est exa­miné par le Comité, afin de rendre compte de leur situa­tion, tant au niveau du cadre légal, que des pra­ti­ques socia­les. Aucun pays n’en est épargné, et l’Argentine n’échappe pas à cette règle. Cependant, le Comité a tenu à sou­li­gner les réels efforts du pays, notam­ment au niveau des normes juri­di­ques et ins­ti­tu­tion­nel­les.

Ces der­niè­res années, le pays s’est doté de lois de plus en plus nom­breu­ses et pré­ci­ses pour com­bat­tre la dis­cri­mi­na­tion raciale sous toutes ses formes à tra­vers son ter­ri­toire. L’Argentine fait entre autres, figure d’avant-garde en matière de légis­la­tion concer­nant les migrants (même s’il en est autre­ment des pra­ti­ques en cours). Le droit argen­tin s’appli­que en effet à consi­dé­rer ces der­niers, avant tout comme déten­teurs de droits, sans porter atten­tion à leur statut (point qui a été salué par le Comité).

Un Institut natio­nal de lutte contre la dis­cri­mi­na­tion raciale (INADI) a été mis en place en 2005-06 afin de cen­tra­li­ser toutes les plain­tes et infor­ma­tions à ce sujet. Un numéro gra­tuit, le 0800 999 2345, est par ailleurs acces­si­ble 24h/24 à toute per­sonne vivant en Argentine, et dési­reuse de rece­voir conseils juri­di­ques, aide psy­cho­lo­gi­que…

Comité et gou­ver­ne­ment argen­tin ont cepen­dant reconnu qu’il faudra plus de temps pour que tout ceci se tra­duise en actes dans la société. Celle-ci reste mar­quée par cer­tains pro­blè­mes endé­mi­ques, au pre­mier rang des­quels, la dis­cri­mi­na­tion à l’égard des popu­la­tions indi­gè­nes. Longtemps igno­rées, voire mal­trai­tées, elles sont encore aujourd’hui vic­ti­mes de nom­breux abus, fré­quem­ment expul­sées de terres dont elles sont léga­le­ment pro­prié­tai­res. C’est que les lois édictées au niveau natio­nal, se heur­tent à l’immo­bi­lisme, voire à la résis­tance des ins­tan­ces loca­les de déci­sion. Une meilleure har­mo­ni­sa­tion en la matière a ainsi été deman­dée par le Comité. En outre, les condi­tions de vie déplo­ra­bles, voire « infra humai­nes » de cer­tai­nes de ces popu­la­tions (pro­vin­ces du Chaco notam­ment) ont également été dénon­cées. L’Institut natio­nal des affai­res autoch­to­nes, pré­sent ce jour-là a néan­moins été féli­cité pour son tra­vail en la matière, et encou­ragé à pour­sui­vre de la sorte.

La popu­la­tion « d’ascen­dance afri­caine » a été le deuxième temps fort du débat. A main­tes repri­ses, le Comité a repro­ché à la délé­ga­tion d’avoir com­plè­te­ment passé cette popu­la­tion sous silence dans son rap­port, alors qu’elle repré­sen­te­rait près de 6% de la popu­la­tion glo­bale du pays, selon une récente étude.

Un meilleur contrôle des médias pour leur rôle dans la pro­pa­ga­tion des sté­réo­ty­pes a également été demandé. Le Comité s’est aussi inté­ressé à la situa­tion des mino­ri­tés magh­ré­bine, Rom, et juive, deman­dant notam­ment un meilleur suivi des acti­vi­tés du nazisme en Argentine, et une plus grande appli­ca­tion dans les affai­res judi­ciai­res concer­nant les concer­nant.

L’Argentine reste néan­moins aux yeux du Comité un pays fai­sant preuve d’une grande volonté et sin­cé­rité dans ses res­pon­sa­bi­li­tés en matière de droits de l’Homme, et jouant même un rôle cen­tral en la matière dans sa région, notam­ment au niveau de la Cour inte­ra­mé­ri­caine des droits de l’Homme.


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