• 4 novembre 2011
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« La langue : un pilier de l’identité culturelle des individus ».

Indien jouant du Dilruba, vièle du XIXème siècle en Inde.

« Lorsqu’une langue autoch­tone dis­pa­rait, c’est une partie du patri­moine mon­dial qui s’efface ». Cette décla­ra­tion de Madame Kyung-wha Kang, Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, lors de la 18ème ses­sion du Conseil des Droits de l’Homme, témoi­gne de la néces­sité actuelle de pré­ser­ver voire de sauver cer­tai­nes lan­gues en voie de dis­pa­ri­tion. Le thème de cette réu­nion-débat, à laquelle Points-Cœur a assisté, s’inti­tu­lait : « Le rôle de la langue et de la culture dans la pro­mo­tion et la pro­tec­tion du bien-être et de l’iden­tité des peu­ples autoch­to­nes ».

Quel rôle joue la langue dans l’iden­tité d’un peuple ? Dans quelle mesure pré­ser­ver et déve­lop­per l’appren­tis­sage et la pra­ti­que des lan­gues autoch­to­nes ? Quels sont les moyens pos­si­bles ?

Les Etats ont una­ni­me­ment reconnu que la langue est un élément cons­ti­tu­tif de l’iden­tité cultu­relle d’un peuple et que, par consé­quent, même les lan­gues les moins uti­li­sées doi­vent être pré­ser­vées. La repré­sen­tante du Pérou a affirmé : « Pour les peu­ples autoch­to­nes, la langue crée un sen­ti­ment d’appar­te­nance, d’iden­tité et de conti­nuité très fort ».

Dans cer­tains pays, les popu­la­tions autoch­to­nes sont très impor­tan­tes. La Bolivie, par exem­ple, reconnaît 36 lan­gues autoch­to­nes comme autant de lan­gues offi­ciel­les. Le gou­ver­ne­ment par­ti­cipe à leur pro­tec­tion et à leur pro­mo­tion par la créa­tion d’uni­ver­si­tés de lan­gues autoch­to­nes. De plus, il dis­pense des cours gra­tuit de lan­gues autoch­to­nes à tous les fonc­tion­nai­res. Il est inté­res­sant de noter qu’au Honduras, la Constitution oblige de pré­ser­ver la culture et les lan­gues autoch­to­nes. Des manuels de lec­ture ont été élaborés dans sept lan­gues, en plus de l’espa­gnol.

Femme mexicaine autochtone.

Parmi les Etats plus déve­lop­pés, le Canada, la Norvège et l’Australie ont pré­senté des mesu­res visant à enre­gis­trer les lan­gues en voie d’extinc­tion et à pro­duire des dic­tion­nai­res dans des lan­gues autoch­to­nes.

Les ONG, comme par exem­ple le « Bureau Européen pour les lan­gues les moins uti­li­sées » se mon­trent plus réser­vées. Elle dénonce le sous finan­ce­ment de cer­tai­nes écoles qui dis­pen­sent des ensei­gne­ments en langue autoch­to­nes et le manque de reconnais­sance de leurs diplô­mes. De plus, cette ONG estime qu’une langue autoch­tone ne doit pas être réduite à sa dimen­sion folk­lo­ri­que. « On ne devrait pas parler de langue et culture au sein de l’éducation, mais de l’éducation au sein de sa langue et de sa culture ».

Pour M. Javier López Sánchez, Directeur géné­ral de l’Institut natio­nal pour les lan­gues autoch­to­nes du Mexique, une des stra­té­gies les plus effi­ca­ces est de miser sur le visi­bi­lité et l’audi­bi­lité de ces lan­gues. Il pro­pose, à titre d’exem­ple, la dif­fu­sion de spots publi­ci­tai­res et de feuille­tons à la télé­vi­sion en lan­gues autoch­to­nes.

En conclu­sion, M. James ANAYA, rap­por­teur spé­cial sur la situa­tion des droits et liber­tés des peu­ples autoch­to­nes, a incité les Etats à pren­dre davan­tage en compte, tant la dis­cri­mi­na­tion active à l’encontre des lan­gues autoch­to­nes, que la dis­cri­mi­na­tion pas­sive ins­ti­tu­tion­na­li­sée. Par exem­ple, le fait d’igno­rer l’exis­tence des lan­gues autoch­to­nes dans les rela­tions entre les citoyens et l’admi­nis­tra­tion ou encore dans l’accès à l’éducation.


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