• 8 janvier 2013
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La liberté religieuse contre les Droits de l’Homme ?

Prof. Heiner Bielefeldt, rapporteur spécial sur la liberté religieuse

La liberté reli­gieuse n’est-elle pas une pierre d’achop­pe­ment dans le jardin des Droits de l’Homme ? Sur le prin­cipe, per­sonne ne son­ge­rait à contes­ter l’arti­cle 18 de la Déclaration uni­ver­selle de 1948, selon lequel « toute per­sonne a droit à la liberté de pensée, de cons­cience et de reli­gion » ; mais de fait, l’inter­pré­ta­tion de ce droit est sujet à contro­verse. Geneva for Human Rights, une ONG spé­cia­li­sée dans la for­ma­tion aux Droits de l’Homme, a orga­nisé un sémi­naire sur cette ques­tion le 14 décem­bre der­nier, auquel Points-Cœur a par­ti­cipé.

Nous sommes en pré­sence d’un para­doxe, affirme le prof. Bielefeldt (Allemagne), rap­por­teur spé­cial sur la liberté reli­gieuse. Ces der­niè­res années, le droit à la liberté reli­gieuse a sus­cité un sur­croit d’inté­rêt en même temps qu’un sur­croit de scep­ti­cisme, y com­pris au sein de la com­mu­nauté des Nations Unies. « Est-ce un droit tout à fait comme les autres ? En a-t-on vrai­ment besoin ? », entend-il dire à demi-mot. Le rap­por­teur spé­cial affirme même avoir sur­pris cette étrange réflexion : « Qu’est-ce qui doit primer ? La liberté reli­gieuse ou les Droits de l’Homme ? » Comme si le fait reli­gieux était à côté de l’humain, s’étonne le pro­fes­seur.

Il faut dire, comme le rap­pelle Adrien-Claude Zoller, orga­ni­sa­teur de la ren­contre, que si ce droit revient sur le devant de la scène depuis quel­ques années, c’est sur­tout dans le contexte des polé­mi­ques autour de de la liberté d’expres­sion (« dif­fa­ma­tion des reli­gions ») et de la dis­cri­mi­na­tion raciale (« isla­mo­pho­bie »), où il est d’avan­tage invo­qué à des fins de pres­sion poli­ti­que que de réelle défense de la liberté de croyance. En outre, face aux res­tric­tions qui sévis­sent aujourd’hui par­tout dans le monde (chris­tia­no­pho­bie, anti­sé­mi­tisme, et isla­mo­pho­bie ne sont que trop répan­dues), les règles inter­na­tio­na­les en matière de liberté reli­gieuse sont rédui­tes au strict mini­mum.

L’un des défis de la liberté reli­gieuse est sa loca­li­sa­tion au car­re­four de l’indi­vi­duel et du col­lec­tif. La reli­gion pos­sède un aspect intrin­sè­que­ment com­mu­nau­taire ; dès lors, la ques­tion se pose de savoir qui est pro­tégé par le droit. L’indi­vidu seul, sans consi­dé­ra­tion de l’expres­sion sociale de sa reli­gion ou de ses convic­tions ? Le groupe ? La reli­gion en elle-même, y com­pris ses livres sacrés et ses monu­ments ?

Le prof. Bielefeldt refuse cepen­dant de s’arrê­ter aux anta­go­nis­mes comme liberté reli­gieuse vs liberté d’expres­sion : « Contre le dis­cours hai­neux, il faut plus de dis­cours ! Pas plus de bruit, mais plus d’argu­ments, plus d’exper­tise, plus de signes de sym­pa­thie envers la com­mu­nauté offen­sée ».

Plus auda­cieux encore, le rap­por­teur spé­cial refuse d’enté­ri­ner la mésen­tente appa­rem­ment irré­conci­lia­ble entre les défen­seurs de la liberté reli­gieuse et les lob­bies LGBT (Lesbiens, Gays, Bisexuels et Transgenres). « Le point de départ doit être l’humain dans sa com­plexité ! », affirme-t-il. On ne peut pas sup­pri­mer un aspect de la per­sonne pour sim­pli­fier l’équation, sur­tout quand cet aspect touche au plus pro­fond du cœur humain. « Si l’on veut défen­dre les êtres humains, il faut aussi défen­dre leurs convic­tions inti­mes. » Ainsi, dit-il, « il ne peut y avoir d’agenda fémi­niste sans prise en compte de la liberté reli­gieuse. »

Clip d’Aide à l’Eglise en Détresse : Palme de la liberté reli­gieuse 2012


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