• 11 mars 2008
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Témoignage d’Ana Paula Souza da Cunha

Ana Paula, ancienne volon­taire de Points-Coeur, est désor­mais enga­gée per­ma­nente de l’orga­ni­sa­tion. Elle est venue par­ta­ger son témoi­gnage de vie, lors d’une table ronde orga­ni­sée au Palais des Nations, en paral­lèle de la VIIè ses­sion du Conseil des droits de l’Homme. Organisé le 11 mars 2008, cet événement avait pour titre "Dignité de la per­sonne et droits de l’Homme".

Je m’appelle Ana Paula, je suis bré­si­lienne et j’ai 27 ans. Je viens d’une famille très simple. J’ai deux frères. Mon père tra­vaillait comme maçon, ma mère comme balayeuse, Ni l’un ni l’autre n’ont étudié car ils ont com­mencé très tôt à tra­vailler avec leurs parents pour les aider. Et après ils ont tra­vaillé plus, car ils ont dit que pour mes deux frères et moi, leur unique désir était qu’on puisse faire de bonnes études, et avoir un bon métier. Mon père m’a tou­jours dit que tout tra­vail, même simple, était digne. Ce sens de la dignité n’était pas encore clair pour moi car à ce moment-là, j’avais seu­le­ment dix ans. Mon vil­lage aussi était très pauvre et simple, et beau­coup de gens n’ont pas étudié, car ils ont du com­men­cer à tra­vailler très tôt.

A l’âge de treize ans, j’ai perdu mes parents, et c’est à partir de ce moment-là que j’ai com­mencé à cher­cher la valeur de la vie. « Qui suis-je ? », « à quoi ça sert de vivre ? ». Je suis allée avec mes deux frères habi­ter avec ma grand-mère. La pauvre a fait tout son pos­si­ble pour nous aider à gran­dir. Je la remer­cie encore pour ça. La mort de mes parents a été très dure pour moi. J’ai com­mencé à sentir une révolte dans mon cœur. J’ai grandi, com­mencé à étudier, mais sans moti­va­tion, et cela a été une catas­tro­phe…Mais bon , j’ai fini le lycée, et c’est à ce moment que j’ai ren­contré une per­sonne qui est depuis ma grande amie. Elle s’appelle Simone, et a aussi vécu des moments très dif­fi­ci­les dans sa vie avec son mari. Elle a du tra­vailler beau­coup pour donner une bonne éducation à ses deux peti­tes filles. Par son regard et sa pré­sence, et tous ses efforts pour rester à mes côtés, Simone m’a montré mieux que par un dis­cours, que j’étais aimée et que ma vie avait un sens, une valeur.

Grâce à Simone, j’ai senti à mon tour le besoin de donner aux autres ce que j’avais reçu. C’est alors que j’ai décou­vert les béné­vo­les de l’œuvre Points-Cœur qui m’ont beau­coup tou­chée par leur façon de se donner aux per­son­nes pau­vres, à tra­vers une amitié et une pré­sence gra­tuite. A tra­vers leur manière de manger comme nous, d’habi­ter dans une maison toute simple comme nous. A tra­vers leur désir d’accom­pa­gner les per­son­nes mala­des et seules à l’hôpi­tal, en cher­chant tous les moyens pour les aider. Leur préoc­cu­pa­tion pour les enfants qui avaient du mal à l’école m’a aussi mar­quée, leur façon de pren­dre du temps avec eux pour les aider à faire leurs devoirs avec patience. La façon dont les gens les remer­ciaient, chacun avec res­pect. La joie des enfants qui avaient tou­jours été expo­sés à la vio­lence de leur famille et du quar­tier a donné un sens pro­fond pour ma vie, m’a donné le goût de lutter pour mes droits comme per­sonne. Si bien que j’ai demandé à ces béné­vo­les de pou­voir faire comme eux.

Alors je me suis enga­gée dans l’œuvre et j’ai été envoyée en Argentine, où j’ai vécu deux ans cette expé­rience. Mon seul désir était de faire pren­dre cons­cience à mes nou­veaux amis, à partir de ce que j’avais reçu, que même s’ils étaient pau­vres, ils avaient droit au bon­heur. C’est la méthode de Points-Cœur : valo­ri­ser la per­sonne, pour donner un sens à sa vie, lui appren­dre le res­pect d’elle-même et lui donner cons­cience qu’elle a droit à une vie digne. Et aujourd’hui je suis heu­reuse de repré­sen­ter cette œuvre Points-Cœur pour pro­mou­voir une culture de com­pas­sion, dont l’unique ambi­tion est de remet­tre la per­sonne au centre de tout, au cœur de toutes les préoc­cu­pa­tions. Ces ren­contres m’ont fait plon­ger tou­jours plus au cœur de la beauté de la vie que Dieu nous a donnée.

Pour vous donner un exem­ple concret d’une per­sonne dont la vie a changé grâce à ce regard qui redonne du sens, j’aime­rais vous parler de Daniel, un jeune de vingt-trois ans qui habite le quar­tier le plus vio­lent d’Argentine (Villa hipo­dromo) , un quar­tier bien connu pour la vio­lence des jeunes qui se dro­guent et boi­vent de l’alcool. Daniel était comme eux. Comme notre maison est tou­jours ouverte, Daniel était très fidèle dans ses visi­tes, et cela nous a étonnés. Il res­tait avec nous, nous regar­dait faire la cui­sine, le ménage…tou­jours silen­cieux. Quand on lui deman­dait com­ment il allait, il répon­dait : « bien », et c’était tout, et puis il par­tait à chaque fois, nous disant « à bien­tôt, et merci ». Un jour, il nous a invi­tés à passer visi­ter sa maison, et sa maman en par­ti­cu­lier, et c’est à ce moment-là que j’ai décou­vert le sens du silence de Daniel. Son papa était alcoo­li­que et très vio­lent avec sa maman, sa sœur et lui. Il n’avait aucun res­pect envers eux, ni envers per­sonne. Et chaque fois que son papa ren­trait ivre à la maison, Daniel par­tait car il nous a dit : « si je reste, je peux le tuer ». Il m’a dit son désir d’avoir une famille pour offrir cet amour qu’il n’a pas reçu de son père, pour repren­dre goût à la vie. Il vou­lait offrir à ses enfants le droit à une vie digne, sans vio­lence. Il disait : « je pense que c’est pos­si­ble, même dans mon quar­tier, et cette espé­rance m’a été donnée grâce à l’amitié avec vous. Vous ne m’avez jamais demandé qui j’étais, ni le pour­quoi de mon silence. Vous m’avez res­pecté. »

Maintenant Daniel a une belle petite fille qui s’appelle Samara et qui a deux ans, et une très jolie femme. Il habite une belle maison, toute petite et simple, qui est le fruit de son tra­vail de chaque jour comme maçon. Il ne gagne pas beau­coup mais il uti­lise tout son salaire pour sa famille. J’aime­rais vous emme­ner dans ce quar­tier pour que vous puis­siez connaî­tre Daniel ; c’est mer­veilleux de le voir comme père et mari res­pon­sa­ble et amou­reux de sa famille.

Notre unique préoc­cu­pa­tion pour toutes ces per­son­nes que nous ren­controns, est de ne pas avoir de pro­jets sur elles, de les aider à être libres. Nous vou­lons témoi­gner que leur vie a plus de prix que ce qu’il n’y paraît aux yeux de beau­coup.

Merci à chacun d’entre vous de nous donner la pos­si­bi­lité de par­ta­ger notre expé­rience, et de valo­ri­ser la dignité et les droits de chaque per­sonne. Merci à notre fon­da­teur, le père de Roucy, pour ses encou­ra­ge­ments à avan­cer tou­jours plus dans cette quête.


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