• 20 février 2014
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Une militante des Droits de l’Homme entre au Panthéon

« Aux grands hommes, la Patrie reconnais­sante ». Le fron­tis­pice du Panthéon sur la col­line sainte Geneviève à Paris pré­cise d’entrée les cri­tè­res de sélec­tion : mieux vaut être un homme qu’une femme pour repo­ser au Panthéon. Si depuis deux cents ans l’Etat fran­çais a déplacé en grande pompes les tombes de soixante-quinze per­son­na­li­tés ayant servi la gran­deur de la France, seules deux femmes y sont actuel­le­ment : la chi­miste Marie Curie qui a reçu deux fois le prix Nobel, et Sophie Berthelot, aux côtés de son époux le chi­miste Marcellin Berthelot.

Pour réé­qui­li­brer tant soit peu la parité, le gou­ver­ne­ment actuel cher­chait à intro­duire une femme au Panthéon. Etaient pres­sen­ties Olympe de Gouges, la révo­lu­tion­naire fémi­niste, George Sand, la roman­cière ber­ri­chonne, ou encore Lucie Aubrac, la résis­tante com­mu­niste. Finalement, deux femmes ont été choi­sies, qui n’avaient pas la faveur des pro­nos­tics. Toutes deux ont fait partie, lors de l’occu­pa­tion nazie, du réseau de résis­tance le Musée de l’Homme, un des pre­miers mou­ve­ments de la Résistance Française et qui a eu la par­ti­cu­la­rité de s’être cons­ti­tué en une Société Littéraire « Les amis d’Alain-Fournier » pour ne pas atti­rer l’atten­tion.

L’une de ces deux femmes n’est autre que Geneviève de Gaulle-Anthonioz, par ailleurs nièce du Général de Gaulle. Il faut se réjouir du choix d’une per­son­na­lité aussi riche, aussi pro­fonde, aussi lumi­neuse pour incar­ner l’esprit fran­çais au Panthéon, une femme exi­geante et ouverte ayant fait rayon­ner les valeurs uni­ver­sel­les de par­tage et de don de soi, une femme dont la foi et la piété fai­sait l’admi­ra­tion de tous.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz a cou­ra­geu­se­ment pris part à la résis­tance pen­dant les quatre années d’occu­pa­tion nazie, mul­ti­pliant les actions de ren­sei­gne­ment et d’infor­ma­tion. Arrêtée par Pierre Bonny, de la Gestapo fran­çaise, elle est dépor­tée au camp de concen­tra­tion de Ravensbrück en février 1944. Elle a du atten­dre cin­quante ans avant de pou­voir mettre des mots sur ce qu’elle a vécu, en écrivant La tra­ver­sée de la nuit, récit bou­le­ver­sant et pudi­que de sa vie en sa vie en camp de concen­tra­tion, sou­li­gnant notam­ment l’entraide entre femmes.

En 1958, elle tra­vaille au cabi­net d’André Malraux quand elle ren­contre un prêtre catho­li­que, Joseph Wresinski, alors aumô­nier du bidon­ville de Noisy-le-Grand. Elle est très mar­quée par la misère des habi­tants de ce bidon­ville, et décide de mettre sa vie au ser­vice de la lutte pour les Droits de l’Homme et contre l’injus­tice. Elle aide alors le Père Joseph Wresinski à créer le Mouvement ATD Quart Monde pour ras­sem­bler, autour de la volonté de mettre fin à la misère, des femmes et des hommes de diver­ses appar­te­nan­ces confes­sion­nel­les, phi­lo­so­phi­ques et poli­ti­ques, et de toutes ori­gi­nes socia­les. Le mou­ve­ment ATD (Aide à toute détresse, devenu Agir tous pour la dignité Quart monde) a pour objec­tif l’éradication de l’extrême pau­vreté et comme prin­cipe fon­da­teur de rendre ceux qui subis­sent cette situa­tion les pre­miers acteurs de leur propre pro­mo­tion. Le Mouvement ATD Quart monde est pré­sent et agit de nos jours dans vingt-neuf pays sur les cinq conti­nents grâce à trois cent soixante dix volon­tai­res-per­ma­nents, plus de cinq mille alliés et mili­tants du Quart Monde, cent mille amis ou cor­res­pon­dants. [1] Geneviève de Gaulle-Anthonioz a oeuvré pour le mou­ve­ment ATD Quart Monde dès le début. D’abord volon­taire per­ma­nente, elle en est deve­nue pré­si­dente de 1964 à 1998, pen­dant trente-quatre années, fai­sant gran­dir l’ONG jusqu’à ce qu’elle acquiert son impor­tance actuelle.

En tant que pré­si­dente d’ATD Quart Monde, Geneviève de Gaulle-Anthonioz est nommée en 1988 au Conseil économique et social (CES) en France, une assem­blée consul­ta­tive com­po­sée de repré­sen­tants sociaux (patro­nats, syn­di­cats, asso­cia­tions) qui peut être saisie par tous citoyens réunis en péti­tion, mais qui n’a qu’une fonc­tion consul­ta­tive, option­nelle ou obli­ga­toire, dans le pro­ces­sus légis­la­tif. Le CES (devenu depuis le CESE pour Conseil économique, social et envi­ron­ne­men­tal) s’est notam­ment déclaré incom­pé­tent en 2013 après la plus grande péti­tion citoyenne jamais obte­nue en France ras­sem­blant plus de huit cent mille signa­tu­res et deman­dant son avis sur la loi du mariage pour tous. Lors de son mandat au sein du CES, Geneviève de Gaulle-Anthonioz s’est battue pen­dant dix ans pour l’adop­tion d’une loi d’orien­ta­tion contre la grande pau­vreté, notam­ment en pro­dui­sant un rap­port reten­tis­sant sur l’extrême pau­vreté en 1995. Reportée en 1997 pour cause de dis­so­lu­tion de l’Assemblée natio­nale, la loi d’orien­ta­tion rela­tive à la lutte contre les exclu­sions est enfin votée en 1998. L’extrême pau­vreté est un sujet concer­nant évidemment beau­coup Points-Cœur, qui a orga­nisé sur ce thème deux confé­ren­ces-débats en 2013 lors du Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU à Genève.

Geneviève de Gaulle-Anthonioz a été la pre­mière femme à rece­voir la grand-croix de la Légion d’hon­neur. Elle est main­te­nant la troi­sième femme à entrer au Panthéon. Sainte Geneviève y accueille une autre grande Geneviève.

Qu’une telle femme soit ainsi hono­rée ne peut que rendre una­ni­me­ment fière la France et le monde entier.


Notes

[1] Informations issues du site http://www.quart-monde.ch/

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